Voici le déclaration intégrale faite par Boris Battais au nom des élu-e-s de La Gauche Trélazéenne.


La première remarque que nous ferons ce soir concerne la prudence affichée lors du DOB, des commissions des finances ou de la réunion publique. Il s'agit bien sûr d'un budget prudent... mais comment pourrait-il en être autrement ? Comme nous vous l'avons déjà souligné au moment du DOB, le poids des investissements réalisés par le passé (notamment l'Aréna) ainsi que les choix politiques faits par la majorité parlementaire à laquelle vous appartenez (je pense bien entendu à la réduction des dotations aux collectivités locales, notamment la DGF) ne manquent pas d'impacter nos capacités budgétaires. Elles font aussi peser de lourdes inquiétudes (partagées j'en suis sûr) pour l'avenir. Nous ne doutons pas que vous vous soyez battu pour arracher que la DSU vienne à peu près provisoirement combler la baisse de la DGF, mais il s'agit là d'une situation particulièrement préoccupante alors même que la situation sur la ville est très compliquée du point de vue économique et social et que les besoins augmentent. M. Blanc parlait lundi soir de 1700 demandeurs d'emplois sur la commune et de 70% de chômeurs de plus que pour les villes de même strate.

Outre le fait qu'il s'agit donc là d'un budget contraint, ce dernier s'avère (vous l'avez souligné à plusieurs reprises) dans la continuité des choix faits par vous depuis plusieurs années. Compte tenu de ces choix, vous vous imposez de générer une épargne de gestion particulièrement pesante (3,5 millions d'euros) et vous devez faire face à des frais financiers très lourds (1.364.000 €) alors même qu'une une partie serait justement fort utile pour répondre aux besoins sur la ville. En parallèle, cela vous conduit aussi à contraindre les dépenses de fonctionnement, ces dernières s'avérant être des marges d'ajustement de votre stratégie de Ville-Evénement.

Nous le disons souvent, plus qu'une analyse critique des méthodes et de la technique (éléments importants au demeurant), un Budget primitif est surtout l'occasion de se projeter dans l'avenir, d'échanger sereinement, de faire des propositions politiques et de définir des orientations stratégiques pour développer notre territoire. Là encore, force est de constater que, malgré la prudence affichée, ce BP s'inscrit dans la continuité de ce qui a été fait cette année, et nous le disons avec sincérité, cela suscite pour nous des interrogations et des inquiétudes.

La première remarque concerne la baisse de subvention au CCAS (- 100 000 euros en gros), baisse qu'Eric Cochet a expliqué lundi soir par une baisse de charge de personnel liée au départ de la directrice… ce qui nous paraît pour le moins incomplet... Nous aimerions, sur ce point, avoir des explications, d'autant que l'année qui vient de s'écouler s'est notamment soldée en parallèle par des hausses de tarifs au Foyer Logement : 2.2 % sur les repas, 3 % sur les charges non locatives, 1.61 % sur l'électricité, 2 % sur les prestations de services, 3.3 % sur le linge... On nous dira sans doute que prises une par une, cela ne fait pas beaucoup, mais 1€ par ci et 1€ par là, cela finit par peser lourd, notamment sur des petites retraites qui, elles, n'augmentent pas. Siégeant au CCAS, Chantal a eu l'occasion de s'exprimer sur ces hausses (et de s'y opposer) de telles décisions ne faisant qu'ajouter aux difficultés rencontrées par de nombreux retraités, difficultés reconnues, j'imagine, ici par tous. Enfin, ces hausses de tarifs s'accompagnent aussi d'un désengagement en termes humain : pas de remplacement de la directrice du CCAS, pas de remplacement de l'animatrice du Foyer Logement, suppression du service mandataire à l'occasion du départ en retraite de sa référente.

Au cours de cette année 2015, nos débats furent aussi vifs au sujet de l'éducation. Tout d'abord, en souhaitant voir l'école Aimé Césaire être retirée du Réseau d'Education Prioritaire car un tel classement nuirait, selon vous, à l'attractivité du quartier, vous avez exprimé un choix politique lourd de sens ! Outre que cette décision révèle que le quartier n'est pas aussi attractif que vous avez coutume de le dire, elle montre surtout que votre majorité est aujourd'hui dans une situation telle que vous êtes prêts à tout pour attirer de nouveaux habitants, tout simplement car cela est synonyme de nouvelles recettes fiscales ! Vous franchissez ainsi un nouveau cap dans votre stratégie puisque vous conditionnez ouvertement la présumée réussite de la VE (en termes d'attractivité j'entends) à la non-satisfaction de besoins sociaux pourtant bien existants, ici éducatifs...

Ensuite, à la lecture (rapide) du PPI, nous avons noté que des dépenses étaient prévues pour plusieurs écoles, mais qu'aucune n'était par contre notée pour l'école Jean Jaurès, rue de Bel-Air. Nous avons entendu, ici ou là, des bruits autour d'une possible fermeture de cette école... Nous profitons de l'occasion pour vous demander ce qu'il en est et je ne doute pas que vous nous rassuriez sur ce point...

Concernant maintenant la culture.

Nous vous remercions de nous avoir transmis les premiers éléments relatifs au Festival. Et compte tenu de la volonté affichée par vous à plusieurs reprises, nous ne doutons pas qu'ils seront suivis dans un avenir très proche par des précisions concernant les détails des recettes ou même des dépenses… (S'agit-il par exemple uniquement de recettes venant du Club-partenaires ?). Nous réitérons notre demande de bilans précis et détaillés sur le sujet.

Globalement, sur les questions culturelles, vous avez pris l'habitude de nous présenter des chiffres globaux en ne manquant pas de les comparer avec ceux des villes voisines (une en particulier). Mais sans explications plus fines ou rubriques détaillées, ces chiffres généraux dans une rubrique « Culture » ne veulent à notre sens absolument rien dire ! Comme le disait Daniel Gautreau lors de la réunion publique : «  on voit beaucoup de chiffres mais qu'y-a-t-il derrière ? »...

Ensuite, nous le disons tout net, une politique événementielle basée sur des spectacles (qui absorbe une part essentielle des dépenses) ne constitue pas à nos yeux une politique culturelle. Prise dans le cadre de la Ville-Evénement, une telle politique relève davantage d'une politique de communication ! Une véritable politique culturelle ne doit pas seulement « apporter » la culture aux gens sous forme de spectacles. Elle doit permettre à chacun-e de s’approprier la culture indispensable à son émancipation et force est de constater qu'une part trop importante de la population trélazéenne reste privée de son droit à l’expression et à l’appropriation culturelles.

Je ne dis pas que rien n'est fait sur ce point, mais les choix globaux que vous faites ne permettent pas, à nos yeux, de développer l'accès à la culture et aux pratiques culturelles de façon suffisante. Lors de la commission Sports/culture de mardi dernier, au sujet de l'école de musique, l'évolution des effectifs fut largement discutée. Cette dernière s'avère particulièrement inquiétante (2013-2014 : 107 trélazéens, 2014-2015 : 103, 2015-2016 : 89). Vous nous avez fait part, M. Steinbach, des discussions avec les autres municipalités (des désaccords aussi) ou encore des échanges autour du projet d'établissement de l'école de musique. Concernant les baisses d'effectifs, nous avons déjà eu l'occasion de pointer que le coût des inscriptions est, de notre point de vue, un vrai frein pour de nombreux trélazéens (et bien évidemment pour les ménages les plus modestes qui, comme les autres, ont pourtant le droit d'avoir accès aux pratiques musicales). Lorsque j'ai évoqué ce fait, vous m'avez répondu qu'une école de musique coûtait cher (800 euros/élève) et remis en cause les choix opérés par la direction de l'école de musique, sa volonté de disposer d'un orchestre, ce qui aurait pour conséquence de générer certains cours à très faibles effectifs, ces derniers monopolisant, selon vous, les fonds. Si je résume, enfin, vous avez dit que la baisse des tarifs ne pouvait passer que par une « rationalisation » de l'offre instrumentale (et donc une réorientation du projet) ou par un engagement financier supplémentaire des différentes villes… Je le dis tout net, la réduction de l'offre instrumentale nous paraît difficilement de nature à renforcer l'attractivité de l'école de musique, la découverte musicale ou un atout pour favoriser des passerelles avec les ensembles ou groupes musicaux existants. Et surtout, de notre point de vue, le débat, tel que vous le posez, est en réalité biaisé par l'angle d'attaque, votre approche de la question. En effet, et Chantal a eu, à maintes reprises, l'occasion de s'exprimer sur ce point lors des réunions, si on part du seul impératif de ne pas dépenser plus, on réduit le débat (et par là-même les réponses possibles) à une peau de chagrin. Nous sommes conscients qu'il s'agit là d'un vrai choix politique mais nous croyons qu'il ne faut pas faire les choses à l'envers. Il faut partir du projet, de ce que l'on veut faire de l'école de musique et de notre point de vue, il est essentiel notamment de la rendre accessible au plus grand nombre, de tisser des liens avec les structures musicales existantes, dans un souci de coopération avec les autres communes, quitte à ce que cela passe par un renforcement de l'engagement financier de la ville. Et sur ce point là-aussi, une commission extra-municipale ne serait pas de trop, notamment pour travailler des passerelles avec les différents interlocuteurs ! Nous l'avons déjà dit ici même ! Nous avons déjà demandé cette commission ! Grosso modo, la ville verse depuis plusieurs années 80 000 euros/an à l'école de musique. Cela peut paraître beaucoup à certains… ou bien peu, au regard de ce qui est dépensé pour la politique événementielle. En tout cas, je crois qu'il y a là matière à une réflexion de fond pour développer une vraie politique culturelle ambitieuse en direction des Trélazéens.

Nous pourrions multiplier les exemples dans les domaines de la culture, des sports/loisirs ou même plus généralement sur les services publics. Selon les cas, vous rabotez ou, au mieux sur certains points, vous vous contentez du maintien de ces services publics (auxquels ont droit Trélazéens) là où nous pensons, nous, qu'il est impératif de les développer. C'est le cas avec la piscine… Vous dites : elle est moins fréquentée, donc on la ferme à certains moments (notamment le WE) alors qu'il nous faudrait peut-être chercher les moyens de la rendre plus attractive. Nous voyons avec une certaine inquiétude les prévisions de dépenses pour... 2020 seulement… Les problèmes techniques semblent se multiplier (les enfants de nos écoles voient leurs créneaux sauter, ce qui, soit dit en passant, ne renforce pas son attractivité…). On nous dit, on la ferme trois semaines l'été car les maîtres-nageurs ont droit à des congés… Bien sûr, ils y ont droit... Mais pourquoi ne pas laisser la piscine ouverte et les remplacer, en particulier lorsque l'on sait où les jeunes risquent d'aller se baigner à la place…Et pourquoi pas tenter la gratuité sur cette période, investissement bien moindre que la subvention à l'EOSL ?

De notre point de vue, votre stratégie de Ville-Evénement rencontre de très fortes limites et connaît de réels échecs. Cette stratégie de développement (que vous assumez complètement) repose en grande partie sur l'Evénementiel et la communication, ce qui permet, dites-vous, de développer notre commune, notamment économiquement. Nous avons bien lu le dernier Infoville. A la p. 7 (dans la rubrique « Entreprendre »), vous évoquez 110 à 120 nouvelles sociétés fondées en 2014. A la lecture de cet article, nous avons appelé le greffe du Tribunal de Commerce et on nous a répondu qu'il y avait bien eu 114 immatriculations mais sur 2014 et 2015. On nous a aussi informé qu'il y avait eu 30 radiations ou liquidations en 2014, puis 46 en 2015. Quand on sait quelles entreprises ont été été fermées sur Trélazé, je n'ai pas besoin d'insister sur l'impact de la crise sur l'emploi local. Nous avons déjà évoqué le chiffres de 400 emplois détruits en 5 ans sur la commune. Afin de ne pas être caricaturé dans mes propos, je tiens à souligner que je ne dis pas ici qu'il n'y a pas d'efforts de réalisés dans le domaine, mais je soutiens que, sur ce point, la stratégie de Ville-Evénement connaît des limites, voire des échecs. Votre stratégie, si elle n'en est pas responsable, n'empêche pas les coups de boutoir de la finance (comme aux Ardoisières) et ses impacts sur les salariés et les travailleurs. Qui plus est, comme chacun le sait, elle coûte très cher, ce qui l'empêche de développer des politiques volontaristes pour répondre aux besoins quotidiens grandissants qui en découlent. Elle vous impose au contraire, comme je l'ai dit tout à l'heure, de contraindre les dépenses de fonctionnement et vous empêche de développer les services publics à la hauteur de ces besoins.

Vous l'avez compris, nous vous le disons depuis plusieurs années, nous pensons qu'une réorientation politique s'impose. Il faut amplifier les efforts en termes de politique sociale, développer l'action des services publics, renforcer la démocratie locale (je pense notamment à la question de La Porée que nous avons évoqué lors du DOB ou encore du Comité de pilotage et d'évaluation de la subvention à EOSL qui n'est toujours pas en place), etc.

Nous voterons donc contre ce budget.