Voici l'intégralité de la déclaration faite par Boris Battais au nom du groupe "La Gauche Trélazéenne" :
Conseil Municipal – 15 décembre 2017 - La Gauche Trélazéenne Budget 2018 - Délibération N°5

"M. le Maire, cher-e-s collègues,

Notre débat de ce soir fait suite à celui que nous avons eu lors du DOB au cours duquel nous avons pointé que le poids des investissements réalisés par le passé à Trélazé et les choix politiques faits nationalement (je pense bien entendu aux menaces sur les dotations aux collectivités locales et aux 13 milliards d'économies demandées aux collectivités locales) ne manquent pas d'impacter nos capacités budgétaires. Nous disions lors du dernier exercice que l'année 2017 serait cruciale à plus d'un titre ! Force est de constater que c'est bien le cas et que la situation est d'autant plus préoccupante que les dotations d’État représentent 23 % de nos recettes de fonctionnement, ce qui nous rend en effet particulièrement dépendants de leur évolution.

Nous disions aussi l'année dernière que le budget est pour vous un bel outil de communication politique. Comme depuis plusieurs années (et la presse s'en est fait l'écho), vous communiquez toujours en partant des recettes/dépenses de fonctionnement et vous pointez ce qu'il reste comme épargne de gestion (4,126 millions d'euros pour la projection de 2017 et 4,037 pour 2018), cela vous permettant de parler d'une situation favorable pour financer les investissements.

Or, nous le répétons, la réalité est tout autre ! Comme l'année dernière, vous nous présentez un budget contraint et dans la continuité des choix faits depuis plusieurs années. En témoignent les frais de remboursement de capital très élevés (un peu plus élevés que l'année dernière avec 1,986 million d' € et d'après la projection, ils continueront d'augmenter en 2019 et 2020) et les intérêts (à hauteur d'1,3 millions d'€ pour 2018) auxquels il faut ajouter 20 000 € de frais financiers. Et ce sont bien ces sommes qui sont à la base de votre construction budgétaire : avant même d'avoir dépensé un seul centime en 2018, vous vous imposez donc de générer cette épargne de gestion « minimale » à la hausse. C'est là, le préalable à toute votre construction budgétaire !!! Ensuite, tout en découle ! Comme nous le disions lors du DOB, cela vous conduit notamment à contraindre les dépenses de fonctionnement considérées comme les marges d'ajustement de votre stratégie globale de Ville-Evénement. L. Naham évoquait, il y a un instant, un « suivi à l'euro près » des dépenses de fonctionnement !

Nous avons aussi déjà pointé l'année dernière que, dans de nombreux domaines, des services rendus à la population ne sont plus assurés par des employés municipaux (petite enfance et la mutualité de l'Anjou; la DSP à Léo Lagrange, le ménage de la Mairie, des écoles élémentaires et d'une partie des maternelles, le service soins-infirmiers, etc.). Sans remettre en question le travail des personnes concernées, nous considérons par contre, et vous le savez, que cette logique de l'externalisation ne nous paraît pas la solution pour développer un service public de qualité, tourné avant tout vers l'intérêt général et dégagé des logiques privées ou de rentabilité. Vous vous défendez généralement en disant que ce qui vous importe est le « service au public ». Nous restons, pour notre part, attachés à un service public fort et efficace dans ses missions. Cela exige un personnel avec des moyens, un personnel reconnu, formé et expérimenté.

Si nous avons bien entendu votre sérénité quant aux prévisions pour 2018, la situation budgétaire nous paraît au contraire serrée et inquiétante. Lors du DOB, nous avons déjà échangé à propos des marges financières disponibles pour faire face à l'avenir aux menaces réelles et profondes pesant sur les collectivités locales et ce, dans une ville où les besoins sociaux sont particulièrement importants comme cela a été évoqué tout à l'heure par Grégory Blanc.

Nous répétons qu'à nos yeux, il y a dans les dépenses liées à l’Evénementiel (Festival Estival, festivités à l'Arena, etc.) des marges de manœuvres financières à mobiliser pour faire face aux contraintes à venir et nous savons bien que cela ne pourra se faire sans une réorientation de la politique menée dans notre ville.

Nous considérons en effet que le Festival coûte trop cher (la presse s'en fait l'écho à la suite du DOB). Nous pensons aussi que la réduction de son coût pour la collectivité doit être un des axes importants de notre réflexion commune sur son devenir. Nous avons bien sûr regardé le bilan du Festival pour 2017. Nous avons constaté les surplus évoqués à plusieurs reprises prestations de services de sécurité, surplus qui s'ajoutent à ceux concernant (pour ne parler que des plus importantes) les droits d'auteur (+ 11 000€), les locations mobilières (+38 987 €) ou les frais de réceptions (+ 10 000€). Ensuite, outre le fait que nous avons été surpris par la précision du prévisionnel des recettes liées aux Partenaires, certaines lignes (comme la prestation de services) imposent de vous croire sur parole. Je ne mets bien sûr pas en cause la sincérité des chiffres mais peut-être serait-il possible dans l'avenir de nous présenter (en commission Finances par exemple), pour information, le détail des contrats. Je suis persuadé que cela ne posera aucun problème, dans la mesure où vous maîtrisez à l'euro près vos dépenses ...

Plus largement, sur ces dépenses liées au Festival, lorsque nous en parlons aux Trélazéen-ne-s (ou à d'autres), beaucoup nous disent ne pas se rendre compte de ce que représentent les 600 000 € par rapport au budget de la Ville et aux autres dépenses. A grand renfort de chiffres et de pourcentages, vous nous dites que le Festival et l'Evénementiel correspondent à une part inférieure à d'autres postes de dépenses de la Ville. Mais d'autres comparaisons sont possibles : si l'on compare par grandes masses : pour 2017, les 600 000 € dépensés pour le Festival correspondent à près de 75% de ce qui est versé aux CCAS pour assurer toutes ses missions en terme de politique sociale dans une ville comme la nôtre ! Enfin, pour le Festival, vous nous avez confirmé que ce bilan ne comprenait pas les coûts de l’intervention des agents de la Ville et nous avons bien compris que, pour vous, il n’était question que d’un jeu d’écriture. Nous continuons de penser qu’il conviendrait d’ajouter ces coûts au bilan du Festival pour avoir une idée claire et très précise de son coût global ! Sur ces points financiers, je ne reviendrai pas sur ce qui jalonne nos débats : le coût des festivités organisées par la Ville à l’Aréna, les sujétions particulières ARENA LOIRE (213 000 € pour 2017) ou encore les 200 000 € pour l'UFAB ...

J'ajouterai aussi qu'un budget primitif ne peut se réduire à une guerre des chiffres ou à un débat « technico-technique ». Il est surtout l'occasion de se projeter dans l'avenir, d'échanger sereinement, de faire des propositions politiques et de définir des orientations stratégiques pour développer notre territoire.

Ainsi, lors du DOB, nous avons insisté sur notre souhait de voir le Festival être repensé avec les acteurs locaux. Par là, nous ne disons pas, comme vous semblez (ou feignez) de le croire, que nous voulons supprimer le Festival, que nous le souhaitons « au rabais » (entendre : de qualité moindre) ou encore que nous voulons uniquement que soi(en)t programmé(s) un ou deux artistes angevins.

Notre ville a besoin d'un autre Festival ! Il faut pour le Festival une autre ambition que le « toujours plus haut, toujours plus loin... » ! Lorsque nous disons qu'il y a nécessité de le repenser avec les acteurs locaux, nous pensons qu'il doit s'intégrer à une politique culturelle générale nouvelle permettant d'impulser la création artistique sur notre commune, de renforcer la diffusion culturelle, de favoriser une politique du patrimoine, de développer davantage l'accès à la connaissance et à la formation pour les amateurs et les jeunes, d'amplifier les partenariats entre les acteurs culturels (et nous voyons positivement ce qui se met en place avec le Chabada et cela peut se faire avec d'autres acteurs, y compris trélazéens), d'augmenter l'accueil des artistes en résidence, etc. Au fond, nous pensons que le Festival peut être un élément de vie sociale sur notre commune ! C'est aussi le sens de nos propositions en faveur de l'implantation d'une classe verte sur le site ardoisier ou de notre exigence d'un véritable débat démocratique et citoyen sur le devenir du site ardoisier.

Sur le sujet, vous faites comme d'habitude : vous nous répondez par des comparaisons avec les autres communes. Vous nous présentez généralement des chiffres globaux et évoquez le rayonnement du Festival... D'abord, je le répète : sans explications plus fines (enjeux, bilans, etc.) ou rubriques détaillées, des chiffres généraux dans une vague rubrique « Culture » ne veulent absolument rien dire ! Ensuite, et je vous l'ai aussi déjà dit, il faut être clair sur ce que nous appelons « une politique culturelle » en tant qu'élément structurant d'une politique globale sur une ville. Votre politique événementielle, essentiellement basée sur des spectacles, ne constitue pas à nos yeux une politique culturelle. Prise dans le cadre de la Ville-Evénement, une telle politique relève davantage d'une politique de communication (d'où le fait que vous parliez sans cesse de « rayonnement » d'ailleurs !) en vue de l'élargissement de nos bases fiscales ! Je note d'ailleurs que les pourcentages des dépenses annoncés tout à l'heure par L.Naham vont dans ce sens : 11% pour le Festival et l'Evénementiel, 4% pour la Culture... Vous différenciez donc bien les deux ! Et force est de constater que la politique événementielle coûte presque 3 fois plus que la politique culturelle !

Pour nous, une véritable politique culturelle ne peut ce concevoir « verticalement » et ne doit pas seulement « apporter » la culture aux gens sous forme de spectacles. Une politique culturelle doit surtout permettre à chacun-e de s’approprier la culture indispensable à son émancipation ! C'est tout le sens de ce que j'évoquais plus haut sur la nécessité de repenser le Festival car force est de constater qu'une part trop importante de la population trélazéenne reste marginalisée en ce qui concerne l’expression et à l’appropriation culturelles. C'est aussi tous le sens des débats que nous pouvons avoir sur la médiathèque ou l'Ecole de musique.

Voilà, nous sommes aujourd'hui fin 2017, à mi-mandat et de nombreuses questions politiques restent devant nous. Nous restons, vous le voyez, attachés aux valeurs de gauche qui sont les nôtres depuis des années et nous comptons bien poursuivre dans ce sens en interpelant la majorité lorsque nous ne partageons pas ses choix, en soutenant ceux qui nous semblent justes et en formulant toujours des propositions pour avancer, y compris en nous adressant aux citoyens.

Nous voterons contre ce budget."